Le pétrole recule, les nouvelles sanctions contre l'Iran déjà intégrées
Washington (awp/afp) - Les prix du pétrole ont terminé en baisse lundi, le marché n'ayant pas été surpris par le nouveau train de sanctions économiques annoncé par Washington contre l'Iran.
Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en octobre, a reculé de 2,35% à 92,17 dollars.
Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison le même mois, a aussi perdu 2,35% à 85,01 dollars.
Le gouvernement américain a annoncé lundi sa volonté de "couper toutes les ressources économiques" de l'Iran par la voix de son secrétaire au Trésor Scott Bessent, lors d'une conférence de presse.
Washington a aussi adressé un avertissement ferme aux pays qui continueraient à soutenir Téhéran.
"Mais cette conférence de presse n'a pas véritablement réservé de surprise", estime auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates.
"Nous savions que les États-Unis allaient tenter d'exercer une pression économique maximale sur Téhéran en ciblant ceux qui font des affaires avec les Iraniens, c'était déjà intégré par le marché pétrolier", poursuit l'analyste.
Pour David Oxley, expert de Capital Economics, ces nouvelles mesures n'auront, en outre, qu'un impact limité sur les flux énergétiques iranien.
Téhéran continue notamment à exporter du pétrole vers la Chine, malgré les sanctions, via une flotte "fantôme".
"Pékin n'a pas reconnu les sanctions américaines par le passé et ne devrait pas se laisser intimider cette fois-ci non plus", explique David Oxley.
Les marchés seront toutefois attentifs à de potentielles mesures de représailles de la part de Téhéran.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a averti lundi qu'il y aura des "conséquences" pour les pays qui se joindraient à la campagne de pression économique américaine contre la République islamique.
"La principale inquiétude concerne d'éventuelles ripostes iraniennes visant les infrastructures énergétiques du Moyen-Orient", selon Andy Lipow.
En parallèle, la navigation maritime dans la région reste toujours perturbée.
Les Etats-Unis affirment contrôler le détroit d'Ormuz, essentiel pour le commerce mondial d'hydrocarbures, mais selon les analystes, les échanges y restent réduits.
"Les données de (la société de suivi maritime) Kpler indiquent qu'environ 6 à 8 millions de barils par jour transitent par le détroit", contre plus de 15 millions avant le début de la guerre, notent les analystes d'Eurasia Group.
Le dollar progresse légèrement, le dollar canadien chute après l'annonce de tarifs douaniers par les États-Unis
Le dollar américain a légèrement progressé lundi, après avoir enregistré sa troisième baisse hebdomadaire en quatre semaines, laquelle avait porté le billet vert à son plus bas niveau en trois mois, alors que le Trésor américain a promis de racheter davantage d'obligations à long terme et que les détails des sanctions contre l'Iran sont attendus.
Après l'annonce la semaine dernière par le Département du Trésor d'un doublement de la taille des opérations de rachat de soutien à la liquidité pour les billets et obligations à plus longue échéance, CNBC a rapporté lundi, citant deux hauts responsables du Trésor, que le secrétaire Scott Bessent pourrait puiser dans le compte général du département (General Account), doté de près de 1 000 milliards de dollars, pour aider à financer les rachats d'obligations, au lieu d'émettre des bons à court terme.
Le dollar a réduit une partie de ses gains après ce rapport, tout comme les rendements du Trésor à long terme.
« Si les informations selon lesquelles le Trésor va annoncer l'utilisation d'une partie de son compte général auprès de la Réserve fédérale pour acheter des obligations à plus long terme sont vraies, cela pourrait être une expérience intéressante. Est-ce qu'utiliser un bazooka contre un ouragan fonctionne ? », a déclaré Brian Jacobsen, économiste en chef chez Annex Wealth Management à Menomonee Falls, dans le Wisconsin.
« Des rendements obligataires plus bas sur la partie longue de la courbe ne résoudront pas le problème de la dette. À plus long terme, cela pourrait même l'aggraver. Le fardeau de la dette publique deviendrait encore plus sensible aux variations du taux directeur de la Réserve fédérale. »
L'indice dollar, qui mesure le billet vert par rapport à un panier de devises, a progressé de 0,11 % à 98,94, tandis que l'euro reculait de 0,07 % à 1,1671 $.
Les rendements à long terme ont grimpé à l'échelle mondiale en raison d'une combinaison de perspectives de croissance économique solides, d'attentes de hausse de l'inflation et d'inquiétudes concernant le gonflement des dettes souveraines, tandis que l'extension des rachats du Trésor pour soulager la pression à la hausse sur les rendements a alimenté les craintes d'un affaiblissement du dollar en conséquence.
LE DOLLAR CANADIEN S'AFFAIBLIT FACE AUX TARIFS DOUANIERS
Les tensions commerciales ont pesé sur le dollar canadien, qui a reculé de 0,41 %, sa plus forte baisse depuis le 17 juin, par rapport au billet vert à 1,382 dollar canadien pour un dollar américain, et était en passe d'interrompre une série de trois jours de gains, après que Washington a imposé des tarifs douaniers de 50 % sur les produits canadiens, le Canada promettant de riposter « dollar pour dollar » sur les nouveaux prélèvements.
Le président américain Donald Trump a déclaré dans une publication sur les réseaux sociaux lundi que les tarifs douaniers sur toutes les voitures et camions, les pièces automobiles et l'acier seront portés à 50 % à compter du 1er janvier 2027.
La livre sterling a progressé de 0,03 % à 1,3644 $, restant proche de son plus haut de six mois de 1,3675 $ atteint vendredi. Le yen japonais s'est déprécié de 0,11 % face au billet vert à 159,13 yens pour un dollar.
Dans les cryptomonnaies, le bitcoin a gagné 1,67 % à 78 696,12 $ après avoir enregistré sa plus forte progression hebdomadaire en près de 3 ans et demi.
SANCTIONS CONTRE L'IRAN ET DISCOURS DE WARSH EN LIGNE DE MIRE
Scott Bessent doit tenir une conférence de presse à 17h00 GMT après avoir menacé l'Iran des « sanctions les plus sévères de l'histoire », les marchés cherchant à savoir s'il visera également la Chine.
Les données économiques américaines de cette semaine comprennent l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), les revenus et dépenses des ménages, la confiance des consommateurs et la deuxième estimation de la croissance économique du deuxième trimestre.
Les acteurs du marché espèrent également obtenir des indications sur les perspectives des taux d'intérêt américains lorsque le président de la Réserve fédérale (Fed), Kevin Warsh, s'exprimera à Jackson Hole, dans le Wyoming, ce vendredi.
Toutefois, les économistes d'UBS ont indiqué dans une note que la « volonté de Warsh de mettre fin à toute forme de pilotage prospectif (forward guidance) suggère que nous n'entendrons probablement pas vers où se dirigent les taux directeurs. »