Pétrole : Les prix du pétrole avancent face aux inquiétudes sur l'approvisionnement
Washington (awp/afp) - Les cours du pétrole ont poursuivi leur ascension mercredi, poussés par les craintes de perturbations durables de l'approvisionnement mondial alors que les hostilités entre Téhéran et Washington se prolongent.
Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, a progressé de 3,36% à 94,07 dollars.
En séance, il est même repassé au-dessus des 95 dollars pour la première fois depuis près de six semaines.
Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison le même mois, dont c'est le premier jour d'utilisation comme contrat de référence, a gagné 2,95% à 86,83 dollars.
"Les opérations militaires ont repris avec une intensité sans précédent, et le ton des déclarations est particulièrement virulent", commente auprès de l'AFP John Kilduff, analyste d'Again Capital.
Le président américain Donald Trump a notamment promis mercredi de bombarder des infrastructures civiles iraniennes chaque fois que Téhéran ouvrirait le feu sur des navires dans le détroit d'Ormuz.
Le contrôle de la navigation dans ce passage maritime stratégique - par lequel transite en temps normal environ un cinquième du pétrole mondial - est un point de contentieux majeur entre les deux pays.
Dans le même temps, les Houthis pro-iraniens ont annoncé lundi un blocus des ports d'Arabie saoudite, premier exportateur de pétrole brut au monde.
"Cela pourrait entraver l'exportation de millions de barils de pétrole, ce qui, conjugué au blocus actuel du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, pourrait entraîner de graves pénuries d'approvisionnement", souligne David Morrison, du courtier Trade Nation.
"Les prix de l'or noir continuent donc de grimper à mesure que les stocks mondiaux s'épuisent", note M. Kilduff.
Aux Etats-Unis, la réserve stratégique américaine a encore diminué de 5 millions de barils la semaine passée, d'après le rapport hebdomadaire de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) publié mercredi.
Pour le moment, plus de 100 millions de barils ont été puisés depuis le début de la guerre.
Au total, Washington s'est engagé à libérer progressivement 172 millions de barils sur les 415 millions qui composaient les réserves stratégiques américaines fin février afin de compenser les perturbations d'approvisionnement liées à la guerre au Moyen-Orient.
"Nous avons désormais utilisé la majeure partie de ce matelas de sécurité", remarque M. Kilduff.
Le dollar marque le pas après quatre séances de hausse, le yen stagne près d'un plus bas de 40 ans
Le dollar a légèrement reflué mercredi après avoir atteint un sommet d'une semaine, mettant fin à une série de quatre hausses consécutives. Parallèlement, le yen a connu une modeste reprise après être tombé à son niveau le plus faible en près de quatre décennies, alors que les opérateurs évaluent la probabilité d'une intervention de Tokyo et les chances d'un relèvement plus rapide des taux par la Banque du Japon (BOJ).
Le billet vert s'est apprécié ces derniers jours, l'intensification des tensions dans le conflit entre les États-Unis et l'Iran ayant provoqué un retournement des prix du pétrole et ravivé les craintes inflationnistes.
Le président américain Donald Trump a promis de détruire un pont ou une centrale électrique en Iran à chaque fois que Téhéran s'en prendrait à un navire dans le détroit d'Ormuz. Il s'agit de la dernière escalade en date après que les Houthis du Yémen, alliés de l'Iran, ont menacé une seconde route énergétique vitale.
Des médiateurs ont présenté à l'Iran une proposition de cessez-le-feu de 10 jours, a déclaré lundi un haut responsable iranien à Reuters.
« Des négociations se déroulent en coulisses, donc en fin de compte, les marchés tentent d'analyser la situation sous un angle différent, pas nécessairement plus positif », a déclaré Juan Perez, directeur du trading chez Monex USA à Washington.
« En raison de l'idée générale que l'ampleur du conflit est telle et que l'escalade a été trop loin, il y aura une tentative immédiate pour y mettre fin de toute urgence. C'est le récit actuel et cela aide les marchés, ce qui n'est pas très favorable au dollar. »
L'indice dollar, qui mesure la devise américaine face à un panier de devises de référence, a cédé 0,03 % à 101,14, tandis que l'euro a progressé de 0,01 % à 1,1408 dollar.
Les prix du brut refluaient depuis mai dans l'espoir qu'un accord de paix durable puisse être conclu, ce qui, conjugué à des chiffres d'inflation modérés aux États-Unis, avait réduit les attentes du marché concernant des hausses de taux de la Réserve fédérale (Fed).
Les anticipations d'une hausse des taux de la Fed lors de sa réunion de juillet ont augmenté parallèlement aux prix du pétrole. Les marchés intègrent désormais une probabilité de 31,5 % pour une augmentation, selon l'outil FedWatch du CME, contre 10,7 % il y a une semaine.
La livre sterling a reculé de 0,04 % à 1,3366 dollar, s'orientant vers une cinquième baisse consécutive, sa plus longue série depuis la mi-mai. L'inflation britannique a ralenti plus que prévu le mois dernier, une brève désescalade dans la guerre en Iran ayant fait baisser les prix du carburant, mais ce ralentissement ne devrait offrir qu'un répit temporaire au nouveau Premier ministre Andy Burnham, qui cherche à alléger le coût de la vie.